Démarchage téléphonique : la loi a changé le 11 août, et elle vous concerne à double titre
Le téléphone qui sonne pendant que vous avez les mains dans la sciure ou la résine, et que c'est encore un conseiller qui vous propose une mutuelle ou un changement de fournisseur d'énergie. On connaît tous ça. Depuis le 11 août 2026, la règle du jeu a changé — et pas qu'un peu.
Jusqu'à cette date, c'était Bloctel qui faisait la loi : les entreprises pouvaient vous appeler, sauf si vous vous étiez inscrit sur la liste d'opposition. Un système qui protégeait mal — tout le monde connaît quelqu'un d'inscrit sur Bloctel qui reçoit quand même dix appels par semaine.
Le fait : on passe de l'opt-out à l'opt-in
Depuis le 11 août 2026, c'est l'inverse : aucune entreprise ne peut plus vous appeler pour vous vendre quelque chose sans avoir recueilli, au préalable, votre accord explicite. La DGCCRF le confirme noir sur blanc : ce n'est plus au consommateur de demander la paix, c'est à l'entreprise de prouver qu'elle a été autorisée à appeler.
Le consentement doit être libre, spécifique, clair, révocable, et tenir un an maximum. Bloctel, lui, ferme boutique.
Avant le 11 août 2026 : les entreprises pouvaient vous appeler sauf inscription sur Bloctel. Depuis le 11 août 2026 : aucun appel commercial n'est permis sans votre accord explicite et documenté, valable un an. Exception : un fournisseur peut encore vous appeler au sujet d'un contrat en cours (votre assurance actuelle, votre opérateur actuel) — mais pas pour vous vendre autre chose.
Ça vous concerne à double titre
Première casquette : celle du consommateur agacé. Moins d'appels d'assureurs et d'opérateurs pendant que vous travaillez, en théorie. Les sanctions sont sérieuses — jusqu'à 20 % du chiffre d'affaires annuel moyen pour une entreprise, et jusqu'à 5 ans de prison pour un dirigeant qui s'assoit dessus. De quoi calmer pas mal de centres d'appels.
Deuxième casquette, moins évidente : celle du professionnel qui, parfois, décroche son propre téléphone pour relancer un client. « Bonjour, j'ai reçu un arrivage de bois qui devrait vous plaire » ou « votre pièce est prête, vous pouvez venir la chercher ». Si votre client est un particulier et que l'appel n'est pas directement lié à un contrat en cours, vous êtes, sur le papier, dans le même cadre que n'importe quel centre d'appel.
Je rappelle parfois d'anciens clients quand je retrouve une pièce qui leur correspond, ou pour relancer une commande en attente de validation. Jusqu'ici je n'y pensais même pas — c'était juste du service client. Avec la nouvelle règle, si l'appel sort du strict cadre d'un contrat en cours, je suis censé avoir leur accord préalable pour être appelé. Autant dire que la ligne est fine, et que personne ne va me tomber dessus pour un coup de fil de courtoisie — mais la loi, elle, ne fait pas dans la nuance.
Ce que dit la loi sur le « contrat en cours »
L'exception existe : un professionnel peut appeler un client à propos d'un contrat déjà signé — une intervention prévue, un suivi de commande, un abonnement. Mais elle ne donne pas carte blanche pour vendre autre chose au passage. La CCI Moselle, qui a pris le temps d'expliquer le texte aux TPE-PME, le résume ainsi : parler du contrat en cours, oui ; en profiter pour caser un nouveau produit, non.
Si vous avez l'habitude de relancer vos clients par téléphone pour du démarchage pur (nouvelle collection, promo, atelier), le plus simple est de récupérer leur accord au moment de la vente : une case à cocher sur votre bon de commande ou devis, du style « J'accepte d'être recontacté(e) par téléphone pour être informé(e) des nouveautés ». Non précochée, datée, conservée trois ans. Ça prend deux lignes et ça vous met à l'abri.
Et pour ceux qui préfèrent l'email ou le SMS
Petit rappel utile : cette loi ne touche que le téléphone. L'email et le SMS restent régis par les règles RGPD habituelles — consentement ou intérêt légitime selon les cas, et un lien de désinscription obligatoire. Si vous communiquez surtout par newsletter ou SMS de rappel de rendez-vous, rien ne change pour vous le 11 août.
Cette loi vise, à raison, les centres d'appels qui matraquent les gens dix fois par semaine. Mais elle est écrite pour ces boîtes-là, pas pour l'artisan qui appelle trois anciens clients dans l'année pour leur dire qu'il a du nouveau stock. Résultat : sur le papier, on est logé à la même enseigne qu'un centre d'appel qui vend des pompes à chaleur à la chaîne. Dans les faits, personne ne va enquêter sur un plombier qui rappelle sa cliente de l'an dernier — mais la prudence coûte peu, alors autant faire les choses proprement.
Si vous relancez parfois vos clients par téléphone : ajoutez une case à cocher sur votre prochain devis ou bon de commande, du type « J'accepte d'être recontacté(e) par téléphone pour être informé(e) des nouveautés ». Cinq minutes ce soir, et vous êtes tranquille pour l'année qui vient.
C'est un texte pensé pour les gros centres d'appels, pas pour l'artisan qui décroche son téléphone deux fois par mois. Mais en ce mois d'août 2026, mieux vaut avoir sa case à cocher prête que de découvrir le sujet le jour où un client mécontent porte plainte.